Théâtre des Champs Elysées
18 octobre 2013
Mise en scène : Eric Lacascade ; Direction musicale : Jérémie Rhorer ; Julia : Ermonela Jaho ; Licinius : Andrew Richards ; La Grande Vestale : Béatrice Uria-Monzon ; Le Souverain Pontife : Konstantin Gorny
Le Cercle de L’Harmonie, Chœur Aedes.
Retour lyrique au Théâtre des Champs, un peu fatigué mais attendant, comme souvent, avec hâte un opéra que je ne connaissais pas du tout, tout comme Spontini, le compositeur. Je me trouve alors devant une œuvre équilibrée et sensible. Qu’en est-il pour son retour sur la scène parisienne? Finalement, comme le retour de La Favorite la saison passée, le spectacle n’est malheureusement pas un triomphe total, malgre, de forts bons interprètes.
L'oeuvre en soi est un opéra classique avec une trame qui se déroule certes sans surprise mais également sans temps mort. La Vestale retrouve son amour passé devenu défendeur de l'Empire. Celui ci se compromet en se rendant dans le sanctuaire sacré et alors que les deux jeunes gens batifolent, la flamme soudainement s'éteint. Julia est condamnée à mort, mais Licinous vient la sauver, se rebelle contre les prêtres, la flamme se rallume subitement avec l'aide de la grande prêtresse et tout le monde finit heureux.
La musique offre de belles promesses mais qui ne sont malheureusement pas tenues par Rhorer mais qui semblent peu concentré et peu maîtriser la situation, dommage, je l’ai entendu meilleur. Les grands gagnants de la soirée sont les chœurs, qui m’ont donné un très beau moment de chants aussi sacrés que populaires, de triomphe et de haine.
Eric Lacascade, homme de théâtre, proposait ici ce qui semble être sa première mise en scène d'opéra. Je ressens bien le travail de théâtre, tout est très minutieux, d’une manière qu’on voit peu d’habitude à l’opéra. Mais les chanteurs ne sont peut-être pas habitués à travailler comme des comédiens et certains choix de la direction d’acteur finissent par paraitre ridicules. Ainsi le ‘combat’ entre le Pontife et Licinius qui ressemble à un échange de coups de poing entre bons camarades ou encore la course qui clôt le ballet et n’est pas sans rappelé les ridicules traversées de scène d’Onéguine.
Le choix des costumes peut heurter, il m'a globalement laissé insignifiant. Les chemises de nuit des vestales ne reflètent que la vie oisive et ennuyante que doivent mener ces prêtresses dans un univers aussi fermé qu'un pensionnat de jeunes filles. Les hommes en revanche, j'ai moins compris l'utilisation de costumes vaguement New Age/Game of Thrones qui rendent un piètre état.
Les décors alternent entre le franchement absurde et le passable. Ainsi Julia nous murmure "Ou suis-je?" non pas depuis un tombeau mais depuis l'intérieur d'un cylindre qui trone au milieu de la scène. Ou encore ces fleurs que les prêtresses disposent un instant puis reprennent quelques airs plus tard. Non décidément non, il vaut mieux ne rien mettre.
Pour finir sur des notes plus joyeuses, je noterai des chanteurs en grande forme, et une version concert m'aurait sans doute autant plu. Pas une fausse note pour Jaho, à la fois émouvante, sensible et attendrissante. Un physique de Vestale, et une voix de princesse. En face Andrews Richard ne tient pas tout à fait la comparaison et semble parfois un peu léger, mais reste dans l’ensemble d’un bon niveau. Je reste plus convaincu par le souverain pontife, avec une voix qui se rapproche de celles qui n’existe qu’à l’opéra, celles des hommes sacrés. Enfin, j’aurais bien aimé entendre davantage Béatrice Uria-Monzion, dont le rôle de grande prêtresse est un peu court et respire la nostalgie.
Si la programmation de cette saison au Théâtre des Champs parait prometteuse, j’espère que les prochaines productions répondront davantage aux attentes !