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Channel: La Loge d'Aymeric
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The Old Woman, Bob Wilson

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Théâtre de la Ville
20 novembre 2013
Robert Wilson, Michail Baryshnikov, Willem Dafoe

 

 

Je ne m’intéressais initialement à cette vieille femme que pour le trio d’hommes qui l’entourait : Baryschnikov, Dafoe et surtout Bob Wilson. Le premier c’était surtout pour pouvoir dire que je l’ai vue, car je ne me rends pas à ces spectacles où Micha a du mal à raccrocher ses chaussons du haut de ses 65 ans. Il faut savoir s’arrêter à un moment (et puis je réussis rarement à avoir des places pour le voir, mais ca n’a rien à voir). Le deuxième ne me disait pas grand-chose à part dans Spiderman. Non, je venais notamment pour Wilson.

 

Depuis la saison dernière, le Festival d’Automne a décidé de rendre des hommages. L’année dernière c’était donc à Maguy Marin, dont j’avais bien aimé le Cendrillon à Chaillot par le Ballet de Lyon. Cette saison, c’est au metteur en scène américain Wilson qu’il s’attaque. Une exposition intimiste au Louvre présente d’ailleurs des objets personnels de l’artiste, comme des chaussons de danse de Noureev ou de Balanchine (dans la continuité de Baryschnikov donc) ou encore des chaises et des photographies. Je n’y ai pas vu un intérêt fou soit entendu, mais le symbole est fort, la salle de la Chapelle, soit une des mieux placées du palais, réservée pour un metteur en scène américain toujours en vie.

 

Sera programmé pour janvier son fameux opéra Einstein on the beach. 4h30 sans entracte d’un artiste que je ne connaissais pas, il me paraissait donc urgent de m’y préparer avec d’autres spectacles. En désespérant de trouver des places pour Peter Pan avec le Berliner Ensemble (cherche toujours d’ailleurs), je tombe un peu par hasard sur une place au tout premier rang, à l’avant scène, soit la même que grignotages, qui disait avoir subi tout son spectacle. Finalement, les sensations y sont très fortes, mais pas déplaisantes.

 

Je ne pense vraisemblablement pas avoir compris grand-chose de cette pièce, fondée sur l’œuvre du russe Daniil Kharms, plus connu pour ses œuvres pour enfants que pour ses autres écrits, interdits par le régime soviétique qui l’enferma dans un asile. Ce sont des petites vignettes, ponctuées de descriptions étonnantes et de personnages insaisissables ; c’est ce qui ressort le plus dans le spectacle adapté.

 

La pièce est découpée en douze scènes et un épilogue qui suit vaguement une trame narrative d’une femme morte dans un appartement et d’un écrivain qui ne sait pas quoi en faire, drague une femme, tente de se débarrasser du corps de la vieille dans une valise qu’il finit par égarer, pour finalement retrouver la vieille femme qui lui indique l’heure. Peu importe l’histoire, les dialogues sont ici découpés entre les deux hommes et il faut faire abstraction de toute logique. Ils alternent les rôles au cours d’une même scène. La notion même de dialogue semble perdre son existence, ils parlent plus au public qu'à l'autre.

 

Il faut en réalité se laisser porter par les répétitions de textes absurdes, qui sont en partie tirés de ceux-là,et les évolutions des acteurs dans l’univers de Bob Wilson, ponctué de lumière et d’ombres, d’accessoires géométriques taillés : un oiseau, une horloge, une chaise, une valise, une porte. Le tout est entouré d’une musique qui oscille entre du classique et du moderne. L’univers de Wilson donne tout de suite un côté très personnel et onirique au spectacle.

 

Effectivement, les sens sont attaqués. La lumière qui vient s’allumer et s’éteindre comme pour donner vie à ces personnages de cartoon dans leur vignette fournit un clapet violent tant musical que visuel. Ils sont tous les deux vêtus comme des clowns tristes ou des mimes, pourtant dotés d’une forme de parole. Ils sont très sonorisés et leurs voix paraissent préenregistrées. Dafoe ne parle qu’anglais, mais Micha alterne entre russe et anglais. En plus des bruitages, le son est permanent, strident et parfois agressif.

 

Les mimes bougent en accentuant chaque geste et en le répétant à un tempo parfois différent des répétitions du texte. Etrangement, malgré ces répétitions de texte sur, au choix, la défenestration de femmes trop curieuses, la suite logique des chiffres après six ou la succession des états qui précédent la faim, je ne me suis ennuyé en tout que cinq ou dix petites minutes. L’ensemble est suffisamment bien ficelé pour que chaque scénette apporte son lot de découverte, amusement et fascination.

 

De si près qu’en tendant le bras je pourrais toucher les acteurs, je réalise les multiples intentions qui se dessinent sur leur visage. Les rides de ces vieux messieurs (sic) accentués par leur maquillage leur donnent des airs de personnages de dessins animés, et de clowns pour grandes personnes, qui, s’ils ne lâchent rien, comprendront toute la saveur de ce spectacle tout aussi absurde que drôle.

The Old Woman, Bob Wilson

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